L’énergie et la monnaie

Ce tour d’horizon traite de l’importance centrale de l’énergie et de la monnaie dans les affaires intérieures et mondiales, et présente des idées à prendre en considération pour trouver des moyens de lutter contre les risques systémiques associés aux systèmes énergétiques et monétaires traditionnels.

Ces systèmes sont au cœur du fonctionnement adéquat de presque tous les autres systèmes à l’échelle mondiale. Dans la deuxième moitié du siècle dernier, ces deux systèmes reposaient principalement sur les hydrocarbures du pétrole brut et des autres combustibles fossiles comme source énergétique et sur le dollar américain comme monnaie. La création du pétrodollar dans les années 1970 témoigne de l’importance des piliers que sont l’énergie et la monnaie ainsi que des liens qui les unissent. Le pétrodollar est apparu environ au même moment que le papier-monnaie adossé à l’or a été abandonné en faveur de la monnaie (représentée à l’échelle mondiale par le dollar américain) adossée au pétrole brut et aux autres sources d’hydrocarbures.

En rétrospective, on aurait pu s’attendre à ce qu’un déséquilibre finisse par s’imposer entre la demande mondiale d’énergie provenant des hydrocarbures et les ressources non renouvelables et limitées de combustibles fossiles. Malgré la volatilité attendue de la demande de pétrole brut en raison des hauts et des bas des activités commerciales à l’échelle mondiale, la demande marginale suit une tendance à long terme qui est constamment à la hausse. L’état de déséquilibre entre les ressources prévisibles de pétrole brut et la demande est communément appelé ‘pic pétrolier’. La perspective d’un pic pétrolier plane au même moment où monnaie fiduciaire semble se diluer rapidement dans la foulée des efforts concertés des banques centrales mondiales, qui visent à causer une hyperinflation de la masse monétaire sous forme papier et numérique. Les piliers actuels que sont l’énergie et la monnaie continuent de s’éroder, ce qui augmente le risque d’effondrement généralisé de ces systèmes et représente une menace pour le fonctionnement de presque tous les autres systèmes à l’échelle mondiale.

 

Point de vue sur l’énergie

Les sources énergétiques classiques sont les hydrocarbures du pétrole brut et des autres combustibles fossiles, les centrales nucléaires et l’hydroélectricité. Les nouvelles sources d’énergie et celles de remplacement comprennent les biocarburants, le vent, le soleil et l’hydrogène. Le pétrole brut a été particulièrement important compte tenu de son rôle principal dans l’industrie du transport. Sans un combustible économique pour alimenter les moteurs à combustion, le monde n’aurait peut-être pas pu atteindre le niveau de développement actuel. Imaginez ce qu’aurait été le dernier siècle sans un moyen économique d’alimenter les voitures, les autobus, les camions, les navires et les avions. Le pétrole brut a représenté une source pratique de combustible pour le transport, contrairement à l’énergie nucléaire, hydroélectrique, éolienne ou solaire. Malgré les avancées technologiques dans le domaine des moteurs électriques, les hydrocarbures et les moteurs à combustion demeurent le moyen le plus pratique de maintenir les activités à l’échelle mondiale.

D’autres risques sont associés aux ressources de production d’électricité à part les limites concernant le transport des personnes et des biens. L’énergie nucléaire est une option qui connaît des lacunes, comme en témoignent les nombreux accidents survenus dans le passé, le plus récent étant la catastrophe de Fukushima, au Japon. L’énergie hydroélectrique est potentiellement limitée par le nombre de cours d’eau sur lesquels on peut construire des barrages et par les dommages environnementaux qui en découlent. À part alimenter les maisons, les commerces et les autres immobilisations corporelles, l’électricité provenant des sources nucléaire, hydroélectrique, solaire ou éolienne ne représente pas encore une option énergétique viable pour les biens mobiles, notamment dans le secteur du transport. Les ressources de production d’électricité semblent loin de pouvoir offrir une solution de remplacement pratique à l’octane, au diesel, au carburant aviation et aux autres hydrocarbures utilisés pour alimenter les moteurs servant à déplacer les personnes et les matériaux d’une façon pratique et rentable.

Il est important de comprendre les fondements des procédés permettant de tirer de l’énergie de ces ressources pour examiner les solutions de remplacement pratiques aux combustibles fossiles. Le pétrole brut, par exemple, est composé d’hydrocarbures qui sont simplement de longues chaînes moléculaires de carbone (C) et d’hydrogène (H). En les combinant à de l’oxygène gazeux (O2) et en les enflammant, on obtient une libération d’énergie, de dioxyde de carbone (CO2) et d’eau (H2O). L’énergie libérée par le brûlage des hydrocarbures est à l’origine de la révolution industrielle et continue d’alimenter les moteurs de l’économie mondiale d’aujourd’hui.

En principe, tout composé qui se mélange à de l’oxygène pour libérer de l’énergie peut être considéré comme un combustible. L’hydrogène comme combustible (H2) en est un exemple. La NASA a régulièrement utilisé l’hydrogène au lieu des hydrocarbures pour lancer ses navettes dans l’espace. Il existe une distinction importante entre le brûlage de l’hydrogène et le brûlage d’hydrocarbures. Le brûlage de l’hydrogène comme combustible (H2) génère de l’eau (H2O) et libère beaucoup plus d’énergie que le brûlage d’hydrocarbures, qui produit du dioxyde de carbone (CO2). Qui plus est, cette source de dioxyde de carbone est le plus grand contributeur aux émissions de gaz à effet de serre.

L’hydrogène (H) en tant qu’élément est unique à plusieurs égards. L’une de ses propriétés est qu’il comporte 1 proton et 1 électron, contrairement à tous les autres éléments qui ont, en moyenne, un nombre équivalent de neutrons. Le carbone (C), par exemple, compte 6 neutrons, en plus de 6 protons et de 6 électrons. Il n’y a pas de consensus scientifique clair quant à savoir pourquoi l’hydrogène ne possède pas de neutrons normalement. Une autre propriété remarquable de l’hydrogène est son omniprésence dans l’univers. Chaque étoile de l’univers, y compris notre Soleil, est principalement composée d’hydrogène. L’eau compte pour les 2/3 de la surface de notre planète et est composée aux 2/3 d’hydrogène. La composition des cellules vivantes est caractérisée par les mêmes pourcentages atomiques. L’hydrogène étant si répandu, on peut se demander si on ne devrait pas dire que l’élément de base de la vie sur notre planète est l’hydrogène plutôt que le carbone.

D’une façon très disproportionnée, la nature semble pointer vers l’hydrogène (H), ou en termes pratiques, l’hydrogène comme combustible (H2), à titre de principal candidat au remplacement des hydrocarbures. Puisque l’hydrogène comme carburant libère de l’eau lorsqu’il est brûlé, celle-ci peut être réutilisée pour obtenir de l’hydrogène, ce qui en fait une ressource énergétique intrinsèquement renouvelable. La principale question est donc de savoir comment l’hydrogène est extrait de l’eau. Parmi les défis techniques secondaires, mentionnons le stockage et le transport. Par contre, de nouvelles technologies pourraient permettre la production et la consommation d’hydrogène de façon couplée.

Malgré les progrès technologiques dans le domaine des moteurs à hydrogène et des piles à hydrogène pour les moteurs électriques, l’hydrogène est en grande partie inaccessible. L’opinion dominante est que le procédé de séparation de l’eau en hydrogène et en oxygène nécessite beaucoup trop d’énergie pour que la production d’hydrogène soit une option économique viable. L’électrolyse nécessite de l’électricité pour séparer l’eau en hydrogène et en oxygène, mais n’est pas une option viable en tant que telle pour extraire l’hydrogène. Cela semble concorder avec les lois de la thermodynamique, selon lesquelles il est impossible d’obtenir plus d’énergie d’un système que celle qui a été nécessaire pour le créer dans un premier temps. Il est important de noter que cette énergie peut prendre plusieurs formes : chaleur, électricité, mouvement, etc. Étant donné que le mélange de l’hydrogène et de l’oxygène libère de l’eau et de la chaleur, la même quantité d’énergie est requise pour séparer l’eau en hydrogène et en oxygène. Il semble donc improbable que l’extraction de l’hydrogène puisse représenter une option viable. Dans le cas des hydrocarbures, une grande quantité d’énergie a été accumulée au fil du temps sous forme de biomasse et de pression pour produire les gisements de pétrole et de gaz.

Dans la recherche de moyens d’extraire l’hydrogène de l’eau de façon économique, il est utile d’examiner le rôle des catalyseurs dans la nature. Les catalyseurs interviennent dans une très grande variété de réactions chimiques et modifient les niveaux d’énergie réactive des molécules participant à la réaction, que ce soit pour combiner ou séparer les molécules. Le rôle des catalyseurs en est un de ‘flexion’ des molécules. Ils permettent de les séparer ou de les recombiner avec un effet de levier qui nécessite moins d’effort. Les enzymes représentent le meilleur exemple de ce processus de flexion dans la nature. Ce principe s’apparente à diviser les deux pièces emboîtées d’un casse-tête de métal. Pour les séparer facilement, elles doivent être dans une position très précise l’une par rapport à l’autre. Dans une réaction où une molécule donnée doit être séparée en ses différents éléments, il faut en général relativement plus d’énergie dans la nature pour que la réaction ait lieu sans la présence d’un catalyseur approprié. La réaction inverse est aussi possible à l’aide du catalyseur approprié. D’un point de vue conceptuel, on peut imaginer utiliser des catalyseurs pour modifier le niveau d’énergie de l’eau afin de la séparer plus facilement en hydrogène et en oxygène gazeux. L’hydrogène gazeux peut être recombiné avec de l’oxygène à l’aide d’un catalyseur différent (p. ex. une étincelle) afin de libérer l’énergie sous forme de chaleur. En principe du moins, il est aussi concevable que les catalyseurs permettent de générer des hydrocarbures à partir du dioxyde de carbone (CO2). Ces contradictions apparentes dans les lois de la thermodynamique peuvent s’expliquer par le rôle des différents catalyseurs dans la modification des niveaux d’énergie des molécules des diverses réactions.

Des données empiriques sur Internet semblent indiquer qu’une grande variété de catalyseurs permettraient d’extraire de l’hydrogène gazeux de l’eau de façon économique. Certaines expériences donnent à penser que les ondes radio pourraient être utilisées pour séparer l’eau en hydrogène et en oxygène gazeux. Bien qu’on ne sache pas exactement si ces réactions sont viables sur le plan économique, il incombe aux gouvernements, aux communautés scientifiques, aux entreprises et aux particuliers d’examiner l’accumulation de preuves quant aux différentes façons d’extraire l’hydrogène de l’eau. Les industries de combustibles fossiles devraient être celles qui démontrent le plus grand intérêt à mener cette initiative afin qu’elles puissent s’adapter et survivre à l’épuisement inévitable des gisements d’hydrocarbures.

 

Point de vue sur la monnaie

Les liens qui unissent l’énergie et la monnaie dépassent les considérations pratiques telles que l’émergence des pétrodollars comme modèle de monnaie adossée à l’énergie tirée des hydrocarbures. À bien des égards, la monnaie peut constituer une expression de l’énergie ou, plus exactement, les documents comptables des transferts énergétiques entre des personnes physiques et morales. Par exemple, les employés fournissent de l’énergie sous forme de main-d’œuvre à un employeur en contrepartie d’une rémunération. Les entrepreneurs et les sociétés dépensent de l’énergie pour fournir à des personnes physiques ou morales des biens et des services en échange d’argent. Les produits de base agricoles sont des réserves directes d’énergie (aliments qui fournissent de l’énergie aux muscles), tout comme les produits énergétiques comme les hydrocarbures (combustibles fossiles qui fournissent de l’énergie mécanique). À divers moments au cours de l’histoire, les produits de base agricoles comme les fèves de cacao ont servi de monnaie. Dans ce cas, il s’agissait pratiquement d’un échange direct d’énergie (fèves de cacao) pour de l’énergie (nécessaire à la production des biens et des services fournis).

La création du papier-monnaie adossée à l’or reposait sur un souci de commodité, le papier payé et reçu représentant le transfert de propriété de l’or sous-jacent. Au cours de l’ère moderne, le papier-monnaie a été découplé de l’or et implicitement recouplé aux combustibles fossiles. Toutefois, le papier n’offrait pas une créance légale sur le pétrole sous-jacent, et il n’aurait pas été pratique de procéder ainsi. La capacité de la monnaie de représenter un moyen fiable pour consigner les transferts d’énergie repose principalement sur la confiance dans l’utilité du papier ou de l’équivalent électronique sous-jacent. Cette confiance semble s’éroder de façon accélérée au rythme de la création de la monnaie fiduciaire à l’échelle mondiale et de la perspective inévitable de l’épuisement des combustibles fossiles à titre de matière première soutenant cette monnaie.

Les expressions actuelles dominantes de la monnaie, qui reposent sur le papier-monnaie (USD, GBP, EUR, JPY et autres principales devises), semblent être en voie de disparaître comme le démontrent les efforts mondiaux visant à dévaluer la monnaie fiduciaire. Les politiques actuelles et prévues concernant l’expansion de la dette mondiale et la croissance exponentielle de la masse monétaire feront en sorte qu’à terme la monnaie fiduciaire perdra sa capacité à représenter un moyen fiable pour consigner les transferts d’énergie. Cela importe peu que les systèmes de monnaie fiduciaire soient démantelés volontairement ou non. La diversification des systèmes monétaires serait intuitivement plus appropriée comme stratégie dans la plupart des circonstances, et en particulier compte tenu des conditions précaires associées à l’existence d’un seul système monétaire (sous forme papier et numérique).

Il s’agit de signes encourageants en ce qui concerne l’élaboration de nouveaux systèmes monétaires. Dans le monde émergeant des devises cryptées, le Bitcoin est un exemple familier. Selon un scénario diversifié idéal, il y aurait plusieurs systèmes monétaires qui seraient en concurrence et qui pourraient être convertibles. Ces systèmes serviraient surtout comme moyen d’échange d’énergie entre les personnes physiques ou morales. Il n’est pas nécessaire en soi d’avoir une monnaie adossée à l’or ou à n’importe quelle autre matière première, notamment les combustibles fossiles. La monnaie doit simplement répondre au critère général d’être un moyen d’échange. L’un des principaux critères est l’incapacité à causer une inflation de la masse monétaire, quelle que soit sa forme, d’une façon non durable par l’entremise de la contrefaçon ou l’impression de papier-monnaie et les saisies numériques de façon excessive. Le fait de disposer de systèmes monétaires diversifiés assurerait probablement une protection contre le risque majeur que représente un monopole des banques centrales sur la création de monnaie à l’échelle mondiale et la chute d’un système unique sans autre solution sur le marché. Les industries financières mondiales devraient être celles qui démontrent le plus grand intérêt à diriger la mise en place de systèmes monétaires de rechange afin qu’elles puissent s’adapter et survivre à la chute des pratiques des banques centrales.

 

L’énergie et la monnaie sont peut-être les deux plus importants systèmes monétaires dans le monde de nos jours. Presque tous les autres systèmes de notre société dépendent de ces systèmes pour fonctionner normalement. L’énergie des combustibles fossiles est à la base de notre civilisation. Il ne semble y avoir aucune issue quant à la perspective inévitable de l’épuisement des réserves d’énergie fossile. Cela est de mauvais augure pour ce type d’énergie et pour une croissance exponentielle adossée aux hydrocarbures. Il faudra un jour ou l’autre trouver des solutions de rechange aux hydrocarbures. Une percée dans le domaine de l’extraction de l’hydrogène de l’eau changerait probablement les perspectives, d’une pénurie projetée à une abondance perpétuelle. D’un point de vue non traditionnel, les océans (H2O) de la Terre peuvent être vus comme un réservoir contenant de l’hydrogène comme carburant (H2) en abondance. Si la monnaie doit être adossée à des ressources énergétiques, l’hydrogène représente un choix naturel.

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