Valeur de l’or par rapport au dollar américain

Ce tour d’horizon présente une analyse simplifiée de la relation entre la valeur de l’or et celle du dollar américain (USD), et avance des hypothèses sur la direction de la valeur relative de chacun d’eux à moyen terme.

Plusieurs notions généralement connues ont été regroupées pour cette analyse. Les liens tout au long de cette publication fournissent davantage d’information sur ces notions. Même si l’analyse se limite à l’or et au dollar américain, une analyse similaire peut être réalisée sur la valeur relative de l’or et d’autres devises, comme l’euro et la livre sterling.


Brèves notions de base :

Pour qu’une économie fonctionne adéquatement, à l’échelle locale ou internationale, il est important qu’elle dispose d’un moyen d’échange de biens et de services. La solution de rechange est un système de troc grâce auquel les personnes physiques et morales échangent des biens et des services, ce qui est difficilement applicable au-delà d’une échelle très limitée. De plus, en général, ce moyen ne permet pas aux systèmes économiques de toutes tailles de réaliser des transactions de façon optimale.

Par contre, les devises ou les monnaies représentent un moyen efficace pour échanger des biens et des services. Elles doivent cependant être limitées au format papier (comptant) comme en témoignent les problèmes liés à l’utilisation de l’or et de l’argent comme devises au cours de l’histoire. Une forme acceptable de monnaie doit posséder certaines propriétés afin d’être un moyen fiable d’échange. Mentionnons notamment la capacité à évaluer des actifs communs, une utilité constante, un faible coût de préservation (durabilité), une facilité de transport, la possibilité de la diviser, une valeur élevée sur le marché par rapport à son volume et son poids, la facilité d’identification et la résistance à la contrefaçon. Soit dit en passant, l’ère de la monnaie numérique transformera certainement les propriétés nécessaires d’une monnaie. Par exemple, lorsque le moyen d’échange est un transfert bancaire électronique ou un mouvement débiteur numérique d’un compte à un autre, les notions de durabilité, de transport, de division, d’identification et de résistance à la contrefaçon ne sont plus les mêmes.

Pendant des milliers d’années, l’or et l’argent ont répondu à ces critères, de sorte qu’ils pouvaient être utilisés comme monnaie ou devise. Les documents historiques et bibliques font abondamment état de leur utilisation comme monnaie, ainsi que de celle des métaux comme le cuivre et le bronze. En 1787, les auteurs de la Constitution des États-Unis ont suffisamment apprécié l’idée d’utiliser les métaux précieux comme monnaies qu’ils ont inclus un article dans la Constitution, en vertu duquel l’or et l’argent sont des monnaies légales. Les États-Unis ont en grande partie conservé une monnaie adossée à l’or de leur fondation jusqu’en 1971. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Accord de Bretton Woods a sonné le glas de l’étalon-or comme monnaie, la valeur du dollar américain étant liée à celle de l’or et la valeur des autres monnaies étant liée à celle du dollar américain. En 1971, le président des États-Unis, Richard Nixon, a découplé le dollar américain de l’or, ce qui a entraîné le découplement de toutes les autres monnaies de l’or, puisqu’elles étaient toutes liées à la valeur du dollar américain. Depuis ce temps, toutes les monnaies de réserve sont devenues ce qu’on appelle des monnaies fiduciaires, c’est-à-dire des monnaies non adossées à un élément tangible ou échangeable autre que la confiance envers les lois et les règlements gouvernementaux.


Analyse :

L’une des conséquences les plus importantes du découplement du papier-monnaie (ou de la monnaie numérique) de l’or a été le retrait des contraintes sur la croissance de la quantité de dollars américains dans l’économie. Avant 1971, la quantité mondiale d’or et, ce qui importe peut-être plus encore, le taux de croissance d’année en année, avait limité, dans une certaine mesure, le taux de croissance de la masse monétaire de dollars américains et d’autres devises. À plusieurs égards, restreindre la croissance de la masse monétaire d’une monnaie aurait également restreint le taux d’expansion de la dette. Limiter la croissance de la masse monétaire d’une devise (ou monnaie) est, selon la plupart des normes économiques, un mécanisme central de maîtrise de l’inflation de l’économie en général. Après 1971, le dollar américain n’étant plus lié à l’or ou aux réserves d’or des États-Unis et les échanges mondiaux étant principalement effectués en dollars américains, les contraintes sur la quantité de dollars que les États-Unis pouvaient mettre en circulation (ou plutôt la Réserve fédérale pouvait dorénavant imprimer des dollars au nom du Trésor américain) à l’échelle nationale et mondiale ont été levées. Par extension, les contraintes implicites sur l’expansion de la dette ont été levées, puisqu’il était dorénavant possible d’imprimer autant de dollars américains que nécessaire pour créer la dette la plus importante que l’économie peut absorber.

À bien des égards, la notion de valeur est relative plutôt qu’absolue. La valeur d’une monnaie est principalement fonction de la confiance dans la capacité d’en tirer parti, qu’il s’agisse d’or, de papier ou de dollars américains numériques échangés contre des biens et des services. Par conséquent, il est préférable d’analyser l’or et le dollar américain en fonction de leur utilité relative, indépendamment du fait que le dollar américain est utilisé comme norme monétaire mondiale pour l’échange d’or ou d’autres marchandises, comme c’est le cas aujourd’hui.

Depuis 1971, l’or s’est apprécié de 4 400 % en dollars américains. Pour comprendre ce qui est arrivé à la valeur du dollar américain au cours de la même période, il peut être utile de se pencher sur le pouvoir d’achat. Durant la même période, l’indice des prix à la consommation (notamment la nourriture et l’énergie) a augmenté de 500 %. À titre de référence, il est aussi possible de comparer la tendance du dollar américain à celle d’autres devises ou à une devise comme le franc suisse (CHF). Par rapport à un panier de monnaies composé de l’euro, de la livre sterling et du yen, le dollar américain a chuté de près de 40 % depuis 1971. Durant la même période, le dollar américain a chuté de 80 % par rapport au franc suisse.

Quel que soit le point de vue, le découplement du dollar américain de l’or semble avoir entraîné une forte détérioration de l’utilité attendue du dollar américain et une forte augmentation de celle de l’or. Les raisons sont assez simples. L’or ne peut être imprimé, il doit être prélevé et raffiné. La quantité d’or qui arrive sur le marché chaque année augmente de façon relativement graduelle. Toutefois, le dollar américain peut être imprimé, ce qui s’est produit avec une désinvolture imprudente depuis les dix dernières années. L’une des propriétés de la monnaie (moyen d’échange) est qu’elle est généralement accessible en quantité limitée ou qui augmente à un rythme semblable à celui de la croissance économique. Le dollar américain étant imprimé à un rythme effréné dans le cadre des programmes d’assouplissement, la question de savoir dans quelle mesure le dollar américain possède les propriétés d’une « monnaie », telle qu’elle est définie précédemment, pourrait un jour se poser.

Un déséquilibre dans la masse monétaire de dollars américains comme moyen d’échange semble s’accroître depuis 1971 avec la fin de l’or comme étalon pour la mise en circulation de dollars. Depuis une quinzaine d’années, l’argent à bon marché, les programmes d’assouplissement et la politique monétaire générale de la Réserve fédérale semblent avoir accentué de façon appréciable ce déséquilibre, qui se poursuit toujours. La politique budgétaire américaine (déficit annuel de 1,5 billion $, dette fédérale de 15 billions $ et dette non provisionnée de 115 billions $) contribue à ce déséquilibre de la masse monétaire de dollars américains par rapport à l’or. À moins d’un revirement spectaculaire sur le plan des politiques monétaire et budgétaire des États-Unis, ce déséquilibre continuera sans doute d’augmenter et sera ponctué d’ajustements importants de la valeur de l’or par rapport au dollar américain afin de rétablir un semblant d’équilibre entre ces deux moyens d’échange.

Compte tenu du risque de récession auquel font de nouveau face les États-Unis, les politiques monétaire et budgétaire américaines poursuivront probablement dans la même voie. Du point de vue monétaire, la Réserve fédérale a récemment indiqué qu’elle maintiendrait un faible taux d’intérêt pour deux années de plus, ce qui vient à l’encontre de ce qui est requis (taux plus élevé) afin de réduire la masse monétaire de dollars américains dans le système économique. Sur le plan budgétaire, il ne semble pas y avoir une volonté politique de réduire les dépenses, notamment les dépenses militaires et celles des programmes sociaux, qui continuent de croître à un rythme bien supérieur à la croissance économique.

Comme nous l’avons mentionné, la question de savoir si les États-Unis adoptent de nouveau l’étalon-or est secondaire à la compréhension de la valeur relative de l’or par rapport au dollar américain. Dans toute économie qui n’est pas limitée par des barrières artificielles (souvent imposées par le gouvernement), il semble normal de s’attendre à ce que la valeur relative de moyens d’échange en concurrence atteigne un certain équilibre. Tout moyen d’échange qui atteint un état de déséquilibre par rapport à un autre moyen d’échange doit revenir à un équilibre relatif sinon il perdra sa capacité à servir de moyen d’échange acceptable.

Les États-Unis possèdent environ 260 millions d’onces d’or, soit beaucoup plus que tout autre pays. Les réserves d’or à l’échelle mondiale s’élèvent quant à elles à environ un milliard d’onces. En ce qui a trait à la monnaie, il existe plusieurs mesures de
la masse monétaire de dollars américains, qui sont appelées M, M1, M2 et M3. M3 est la mesure la plus large de la quantité de monnaie (dollars américains) dans l’économie. Il est à noter qu’en 2006, la Réserve fédérale a pris la décision de cesser la publication de M3. Les plus récentes
données de la Réserve fédérale montrent que M1 et M2 sont environ 2 billions $ et 9,5 billions $, respectivement.

Au prix de marché actuel de 1 800 $ l’once, la valeur des réserves d’or des États-Unis est de 468 milliards $ (260 millions X 1 800 $). La valeur des réserves d’or des banques centrales mondiales est actuellement de 1,8 billion $. La masse monétaire de dollars américains (selon une mesure étroite de la masse monétaire, M1) dans l’économie est un peu plus de 4 fois supérieure à la quantité d’or de la Réserve fédérale (M1 : 2 billions $; or des États-Unis : 468 milliards $). Selon la plus large mesure de la masse monétaire, M2, la masse monétaire de dollars américains dans l’économie est un peu plus de 20 fois supérieure à la quantité d’or (M2 : 9,5 billions $; or des États-Unis : 468 milliards $).

En théorie, si les gouvernements du monde réunissaient et mettaient en gage toutes leurs réserves d’or au prix de marché actuel, il y aurait quand même un déficit d’or pour sécuriser toute la masse de dollars américains, même si l’on prend la mesure étroite de la masse monétaire (M1 : 2 billions $; or mondial : 1,8 billion $). Selon une mesure plus large de la masse monétaire, M2, la masse monétaire de dollars américains dans l’économie est un peu plus de 5 fois supérieure aux réserves d’or de toutes les banques centrales combinées (M2 : 9,5 billions $; or mondial : 1,8 billion $).

Le déséquilibre entre la valeur des dollars américains et celle des réserves d’or porte fortement à croire que les évaluations relatives sont très loin de l’équilibre. Sur la base d’hypothèses simplificatrices, la valeur de chacun de ces moyens d’échange devrait atteindre un état d’équilibre selon un ratio 1:1 (la valeur des réserves d’or est égale à celle des dollars américains dans l’économie) et seules les réserves d’or, par opposition aux réserves des autres métaux précieux, seraient prises en considération aux fins du soutien de la mise en circulation de dollars américains. L’équilibre sera probablement atteint par une combinaison de plusieurs éléments : a) réduction de la masse monétaire de dollars américains par l’entremise de taux d’intérêt élevés, b) réduction de la valeur (dépréciation) des dollars américains par rapport à l’or (prix plus élevé) et c) augmentation des réserves d’or (limitée par le rythme de production annuel).

L'or contre l'argent papierD’après la valeur des réserves d’or et les mesures de la masse monétaire, on pourrait penser que la valeur des dollars américains dans l’économie aurait diminué de façon spectaculaire et atteint la valeur de l’or. Sur la base d’une mesure étroite de la masse monétaire, M1 (2 billions $), et des réserves d’or des États-Unis (468 milliards $), et si l’on suppose qu’il n’y aura aucune modification importante des politiques budgétaire et monétaire, un état d’équilibre entre ces deux moyens d’échange serait rétabli à un prix de l’or d’environ 7 800 $ l’once (augmentation de plus de 330 % par rapport au prix actuel de 1 800 $). Les résultats sont encore plus spectaculaires avec M2, la mesure la plus large de la disponibilité des dollars américains dans l’économie. Selon cette mesure, l’équilibre serait rétabli à un prix de l’or d’environ 37 000 $ l’once. Cette condition extrême est jugée improbable. Un scénario plus vraisemblable serait une baisse soudaine de la valeur du dollar américain par rapport à l’or (élément « b » du paragraphe précédent), ce qui inciterait la Réserve fédérale à augmenter les taux d’intérêt (élément « a ») pour arrêter la baisse rapide de la valeur du dollar américain bien avant que l’or atteigne ce prix.

Selon une autre hypothèse fondée sur les réserves mondiales d’or (1,8 billion $) et M1, le prix actuel de l’or serait jugé près de l’équilibre. Si l’on prend M2 et les réserves actuelles d’or, l’équilibre serait atteint à un prix de l’or de 9 500 $ l’once. Il n’y a pas de raison impérieuse de s’attendre à ce que le monde remette ses réserves d’or aux États-Unis. Cet exercice vise seulement à enrichir le point de vue de l’évaluation de l’or par rapport au dollar américain.

Si l’on pense que les moyens d’échange en concurrence dans une économie doivent nécessairement s’aligner dans les limites du raisonnable, alors, quel que soit le scénario, le prix de l’or a un potentiel de croissance très élevé dans un avenir prévisible, sauf si des barrières budgétaires artificielles sont mises en place en réponse à des conditions économiques difficiles. Par extension naturelle, la valeur ou le pouvoir d’achat du dollar américain devrait continuer à chuter de façon spectaculaire au cours de la même période. Selon l’analyse simplifiée présentée, les demandes des analystes de marchés selon lesquelles le prix de l’or devrait être de 10 000 $ l’once semblent possibles et pourraient en fait représenter la limite inférieure de la fourchette de possibilités. Les résultats de cette analyse, fondés sur une mesure large de la masse monétaire de dollars américains et des réserves d’or, semblent indiquer que le prix de l’or devrait se situer entre 15 000 $ et 20 000 $ l’once à moyen terme. Il est très probable que la valeur des métaux comme l’argent, le platine ainsi que d’autres métaux précieux augmente considérablement en corrélation avec le prix de l’or.

Leave a Reply

You must be to post a comment.

Réinitialiser le mot de passe

Veuillez entrer votre addresse de courriel. Vous allez recevoir votre nouveau mot de passe par courriel.